Pelagos plastic free

Constat :

Le projet Pelagos Plastic Free a comme objectif la réduction de la pollution marine plastique pour protéger les différentes espèces de cétacés qui vivent dans le Sanctuaire Pelagos.

Chaque année entre 8 et 20 millions de tonnes de plastiques sont déversées dans les océans. Dans la Mer Méditerranée on estime que 250 milliards de fragments plastique qui flottent à la surface, avec de pics de concentration maximale de 10 kg/km2, une des valeurs la plus haute au monde, et notamment dans les eaux de l’Archipel Toscan.

Le plastique peut persister dans le milieu marin des centaines d’an- nées et se fragmenter en des milliers de morceaux, invisible à l’oeil, mais pas moins dangereux. Grands ou petits, tous types de plastique abandonnés dans la mer représentent un danger pour la faune marine: ils peuvent étouffer et mutiler les animaux marins et être ingérés en les exposants à des substances toxiques et à des microorganismes comme des bactéries et virus potentiellement pathogènes.

Monitorage :
Le déchet plastique dispersé dans la mer peut contenir des produits toxiques dérivant du processus de fabrication et peut adsorber les contaminants organiques persistants présents dans l’eau de mer.

Peu de temps après être arrivés dans la mer le déchet plastique est recouvert d’une fine pellicule organique (biofilm) composée d’algues unicellulaires, de bactéries, d’invertébrés microscopiques ou de virus: ce véritable écosystème en miniature appelé “Plastisphère” peut contenir également des bactéries du genre Vibrio, agents pathogènes pour les organismes. Il peut également servir de support pour des floraisons algales toxiques.

Il n’y pas ou peu de connaissances sur la Plastisphère de la Méditerranée et des possibles impacts qu’elle peut avoir sur les mammifères marins et sur les humains. Pour cela, dans le cadre du projet Pelagos Plastic Free, seront effectués des prélèvements en pleine mer, en zone côtière, dans le fleuves et dans les ports du Sanctuaire Pelagos. Des analyses de l’ADN seront effectués pour réaliser un inventaire sur les organismes marins qui la composent.

Gouvernance :
La mauvaise gestion des déchets est la cause principal de la pollution plastique. Les zones côtières sont les plus fortement impactées, suite à un long parcours provenant des bassins versants. Transportés par les vents et les fleuves, les déchets plastiques finissent par arriver sur les plages et en mer, et sont majoritairement d’origine des activités terrestre, mais aussi maritimes.

A partir du tri des déchets à domicile et aux infrastructures pour leur collecte, du transport au traitement et au recyclage des déchets, il existe une toute une filière à renforcer. Le projet Pelagos Plastic Free a comme objectif de diffuser des bonnes pratiques de gestion de déchets dans la zone du Sanctuaire Pelagos, auprès des mairies du littoral ainsi que dans l’arrière-pays.

L’objectif final est de sensibiliser les mairies et collectivités intéressées, avec des indications pour les administrations, les opérateurs de la mer et les citoyens par la promotion des bonnes pratiques de réutilisation, de recyclage et de tri pour l’élimination des déchets plastiques en mer.

 Information et Sensibilisation :
Huit espèces différentes des baleines et dauphins vivent dans le San­ctuaire Pelagos,
entre autres, le dauphin blanc et bleu, le tursiop et le rorqual commun. Ce vrai trésor de biodiversité reconnu au niveau international est menacé par le tonnes de déchets plastiques que chaque jour arrivent dans la mer.

Grâce à la grande abondance de krill, ces petits crustacés semblables à des crevettes qui se trouvent au large, le Sanctuaire est la zone prin­cipale d’alimentation pour le rorqual commun, la deuxième espèce animal le plus grand ayant jamais existé sur terre. Malheureusement, les zones riche en krill correspondent à des zones d’accumulation des microplastiques à la surface de la mer.

Nos gestes quotidiens ont un impact sur l’environnement et sur la vie marine et chacun d’entre nous peut apporter sa contribution. Touristes, pêcheurs, plongeurs et tous les amateurs et usagers de la mer seront impliqués dans des actions de sensibilisation. Les écoles, qui forment les citoyens du futur, seront les protagonistes de journées de nettoyages, cependant qu’un parcours didactique spécifique pour les enseignants servira à introduire cette thématiques dans les cours scolaires.

Tous types de plastique abandonnés en mer représentent un danger pour les organismes marins. Les filets de pêche peuvent étrangler et étouffer les rorquals et dauphins; les sachets plastiques peuvent être confondus pour de la nourriture par les cachalots et les conduire à la mort, les microplastiques peuvent être ingérés par les rorquals communs et on ne connaît pas encore les risques potentiels liés aux composants chimiques du plastique et ceux qu’il adsorbe en mer, ni les risques liés et aux communautés de microorganismes (bactéries, algues, virus) qui les colonisent.

95 % des déchets marins accumulés sur les plages et à la surface de la mer sont en plastique. Sur les fond de la mer le pourcentage varie entre 50 et 70%.

62 MILLIONS de macro-déchets flottent à la surface de la Méditerranée et la densité sur les fonds marins peut arriver à 100 mille déchets par km².

64% des déchets échoués sur les plages ont été conçus et créés pour être un objet à usage unique ou de courte utilisation.

8 MILLIARDS d’euros chaque année est l’estimation de l’impact économique provoqué par la pollution plastique au niveau mondial. Le tourisme et la pêche sont les secteurs les plus impactés.

15 % des espèces affectés par les déchets plastiques sont des espèces protégées qui se trouvent sur la Liste Rouge des Espèces Menacées de l’UICN, l’Union international pour la Conservation de la Nature

10 mille microbilles de plastique sont relâchées dans les eaux d’évacuation pour chaque dose de produit cosmétique pour le nettoyage de la peau. La commercialisation de cosmétiques contenant ces microbilles est interdite en France depuis 2018 et sera interdite en Italie à partir de 2020

Entre 208 et 760kg de déchets sont produit chaque année, dans la zone de la Méditerranée, par chaque personne.

De janvier 2019 en Italie et à partir de 2020 en France la vente des cotons tiges non compostables sera interdite. C’est un des déchets que l’on retrouve le plus souvent sur les plages.

½ MILLIARD de déchets se trouvent sur les fonds de la Méditerranée.

 

La Plastisphère

Né du plastique, la plastisphère est un des écosystèmes les plus récent de notre planète qui menace les mers et les océans.

Cette recherche sera menée en partenariat avec les biologistes Linda Amaral-Zettler et  Erik Zettler (NIOZ-Royal Netherlands Institute for Sea Research) qui ont découvert la présence de bactéries du genre Vibrio sur des microplastiques dans l’océan Atlantique.  Ils ont inventé le nom anglais « Plastisphère » pour décrire ces nouveaux habitats pélagiques et les communautés de micro-organismes qui les habitent. Ce travail implique l’extraction de l’ADN et de l’ARN bactérien.

L’invasion biologique et bactériologique des déchets plastiques colonisés par des communautés de bactéries potentiellement dangereuses pour l’écosystème marin et pathogènes pour l’homme devient un phénomène inquiétant.

Photo : Erik Zettler. Des bactéries sur un fragment de déchet plastique collecté Atlantique nord et recouvert de diatomées de forme ovales et de minuscules tiges bactériennes en filament

Linda Amaral-Zettler (Ph.D. Institut de Technologie du Massachusetts / Woods Hole Oceanographic Institution, USA)

et Erik Zettler (Ph.D. Université Autonome de Madrid, Espagne)

sont des scientifiques spécialistes en microbiologie qui travaillent depuis de nombreuses années sur les communautés bactériennes de la « Plastisphère » et d’autres supports environnementaux.

Ensemble, ils ont navigué sur plus de 50 expéditions de recherche et travaillé sur des sites de terrain à travers le monde.

Cette « plastisphère » se transforme en « récif microbien » distincts des autres communautés biologiques environnantes et selon Erik Zettler, trente minutes après son arrivée en mer, un déchet plastique est colonisé, et s’il flotte dans une ferme d’aquaculture, il a la possibilité de la contaminer.
Ces deux chercheurs, ont découvert que toute une faune de microorganismes vivent directement sur les déchets plastiques flottants et s’en nourrissent. Ils sont à l’origine du terme de cette « plastisphère » qui  se transforme en « récifs microbiens » distincts des autres communautés biologiques environnantes.  Selon Erik Zettler, trente minutes après son arrivée en mer, un déchet plastique est colonisé, et s’il flotte dans une ferme d’aquaculture, il a la possibilité de la contaminer.

Erik Zetler : Bouée de mousse expansée en polystyrène collectée à la dérive dans au centre de l' Atlantique Nord, recouvert d'organismes dont des microbes, des algues et invertébrés (bernacles).

Composé par des macrodéchets et des microplastiques (fragments d’une taille < 5 mm) et colonisé par les communautés microbiennes qui y vivent dessus, ce nouvel habitat joue un rôle clé dans l’agrégation et le transport de produits chimiques toxiques et de micro-organismes potentiellement envahissants dans les écosystèmes marins et pathogènes pour l’homme.
L’inquiétude est de savoir jusqu’où la contamination des déchets plastiques peut s’infiltrer dans la chaîne alimentaire. La bactérie qui inquiète le plus, est celle du genre « vibrio » qui est déjà présente dans l’océan et dont la plus connue est celle qui est vectrice du choléra et d’autres maladies gastro-intestinales chez l’humain. Ce qu’ont constaté les chercheurs, c’est que cette bactérie a le potentiel de se reproduire en grande quantité et de s’attaquer également au système digestif des poissons.

Photo : Erik Zettler/Marine Biological Laboratory – vue au microscope électronique de colonies de la bactérie Vibrio.

“Ces minuscules déchets plastique qui envahissent les océans et les mers du monde représentent un enjeu majeur pour la recherche et il est urgent d’enquêter sur les dégâts qu’ils sont susceptibles de provoquer sur l’écosystème marin et chez les humains.”

Programme scientifique 2017 :
Un des objectifs principaux d’Expédition MED 2017 est le recensement des espèces de micro-organismes qui vivent sur les fragments de déchets plastiques dans la Méditerranée et la compréhension du rôle des microplastiques dans leurs capacités d’agrégation et de transport d’espèces. Une étude sur la Plastisphère menée en 2003 dans l’océan Atlantique par Erik Zettler et Linda Amaral-Zettler, a montré la capacité des microplastiques d’agréger sur leur surface des nombreux individus d’espèces différentes qui vivent normalement dans les eaux libres et n’arrivant jamais à des fortes concentrations.
Parmi eux, des bactéries du genre Vibrio, (le même genre que celui vecteur du choléra), qui nécessitent un nombre minimum de cellules pour infecter un hôte et exprimer leurs gènes pathogènes. Pour étudier la Plastisphère, des protocoles standardisés seront utilisés pour l’échantillonnage des microplastiques et des masses d’eau de mer. Les échantillons de macroplastiques seront utilisés pour la caractérisation des communautés de micro-organismes constituant les biofilms à la surface des fragments de plastique et pour l’étude quantitative et chimique des microplastiques. Ce travail implique l’extraction de l’ADN et de l’ARN, ainsi ques des analyses au microscope à balayage électronique. Ces échantillons permettront aussi une comparaison avec les communautés microbiennes étudiées dans d’autres bassins, et contribueront à une meilleure compréhension de la structure et du fonctionnement des communautés de la Plastisphère.
En 2010, suite à la première campagne d’Expédition MED, nous avions estimé à 250 MILLIARDS, la quantité de microplastiques flottant en Méditerranée, autant d’embarcations potentielles pour les bactéries. Accrochés à ces microplastiques, ces bactéries  peuvent parcourir de longues distances et rester bien plus longtemps en mer que les autres déchets naturels et bio­dégradables qui flottent à la surface, comme le bois, le coquillage, les algues, les plumes….